jeudi 28 octobre 2021
Se Connecter à votre compte

Connexion à votre compte

Identifiant
Mot de passe
Maintenir la connexion active sur ce site

    Si vous etes déjà abonné sur notre site et vous n'arrivez pas à vous connecter, contacter nous !

Chronique d'Olivier Pastré - Le défi mondial de l'eau

ECRIT PAR
Olivier PASTRÉ
Chroniqueur - professeur à l'Université de Paris-VIII
 

    Alors que va s'ouvrir dans quelques jours le Forum mondial de l'eau à Marseille (du 12 au 17 mars), ne serait-il pas salutaire de s'extraire quelques minutes des bagarres politiciennes pour contribuer à créer des dizaines de milliers d'emplois en France et sau

ver des millions d'êtres humains sur la planète ? Commençons par rappeler quelques tristes, mais aveuglantes, évidences. Un milliard d'habitants de la planète n'ont pas accès à l'eau et 2,6 milliards vivent sans système d'évacuation des eaux usées. De ce fait, 25.000 êtres humains meurent chaque jour faute d'eau, dont la moitié sont des enfants.

Et le futur est encore plus inquiétant. Les réserves mondiales par habitant sont ainsi passées de 16.800 mètres cubes en 1950 à 7.300 mètres cubes en 2000 et atteindront probablement 4.800 mètres cubes en 2025. C'est-à-dire demain. Et cela dans un contexte d'urbanisation galopante qui complexifie chaque année davantage la gestion de ce type de problèmes : alors qu'il n'y avait que trois villes de plus de 10 millions d'habitants en 1950, il y en a 21 aujourd'hui et il y en aura 50 en 2025, dont 45 dans les pays du Sud.

A partir de là, il reste à construire l'avenir. Commençons par éluder les fausses solutions. Sur le fond, ce n'est pas véritablement une question d'argent. Les évaluations les plus sérieuses estiment entre 9 et 30 milliards de dollars par an le montant des investissements nécessaires pour atteindre les objectifs du Millénaire (réduire de moitié, d'ici à 2030, le nombre d'êtres humains sans accès à l'eau de cette estimation). Cela représente à peine plus de 5 % des subventions que consacrent les gouvernements américains et européens à leurs agricultures respectives, soit environ 100.000 bénéficiaires...

Autre faux débat, celui de la rareté de l'eau. Il y a certes des indicateurs qui témoignent du fait que l'eau n'est pas une ressource totalement renouvelable et que certains mécanismes de raréfaction sont d'ores et déjà à l'oeuvre. Dans certaines régions de Chine, par exemple, il faut puiser à plus de 1.000 mètres pour trouver de l'eau non polluée. Mais le vrai problème reste celui de l'accessibilité. Et, dans ce domaine, il faut tordre le cou à une idée reçue de plus : l'eau trop rare et trop chère, ce serait la « faute au privé ». Le privé ne représente en effet, sur la planète, que moins de 3 % des systèmes de gestion de l'eau à usage domestique.

De même, quelles que soient les vertus des campagnes écologistes, le problème principal n'est pas celui du gaspillage de l'eau par les consommateurs des pays développés. Les deux principaux problèmes sont celui de l'agriculture (73 % de l'utilisation de l'eau douce) et celui du non-traitement des eaux usées (dans les pays du Sud, de 40 à 60 % de l'eau est perdue en raison d'infrastructures défaillantes).

Voilà pour le diagnostic et pour l'élimination de « fausses pistes » en matière de réformes. Parmi les pistes à creuser pour améliorer la situation de la planète, il en est quatre qui sont prioritaires :

1. Le renforcement de l'aide publique au développement en faveur des programmes de collecte et de gestion de l'eau.

2. La priorité donnée à la gestion des problèmes agricoles. L'Europe, qui subventionne son agriculture doublement, puisque celle-ci bénéficie, en plus de la PAC, d'une tarification privilégiée en matière d'eau, se doit de mettre un terme à cet égoïsme aux conséquences meurtrières.

3. La gestion de l'existant. Priorité dans ce domaine doit être donnée à la collecte et à la gestion des eaux de pluie.

4. La décentralisation des programmes. Fournir de l'eau en Inde coûte en moyenne 2 dollars par personne avec les techniques de collecte de l'eau de pluie et plus de 200 dollars si l'on choisit de faire des mégabarrages.

Ces quatre pistes de réflexion ne sont pas exclusives d'autres solutions à coût budgétaire limité. Alors que le rêve de créer, à horizon raisonnable, 1 million d'emplois par la « croissance verte » est techniquement impossible, pourquoi ne pas se contenter de créer quelques dizaines de milliers d'emplois dans une industrie dans laquelle la France dispose de deux leaders mondiaux (Suez et Veolia) et surtout des centaines de PME potentiellement exportatrices, tout en contribuant à lutter contre le premier fléau mondial ? Nos candidats s'honoreraient et honoreraient leur pays en faisant ainsi du bien ailleurs, mais aussi ici. Produire français et soulager africain ou chinois : ce n'est pas si bête.

Connectez-vous pour commenter