dimanche 19 septembre 2021
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Chronique de J.M. VITTORI - La Fin de la Seconde Grande Frousse

  

ECRIT PAR:

Jean-Marc VITTORI
Editorialiste

 

 

 

 On respire enfin. La Grèce est sauvée, au moins pour quelques mois. Les banques européennes ne risquent plus l'asphyxie à court terme. Français et Allemands ont cessé de cauchemarder toutes les nuits de la récession.

Moins craintifs, les investisseurs ont fait monter les cours à la Bourse de Paris pendant huit séances d'affilée. Les entreprises américaines embauchent. Le scénario d'une reprise semble s'esquisser. Sauf qu'il faut lire les événements de ces derniers mois avec une autre grille d'analyse. Ce que nous avons vécu depuis l'été dernier n'est pas un cycle conjoncturel. C'est la Seconde Grande Frousse.

 

La Première Grande Frousse avait une cause bien réelle. Elle avait été engendrée par l'implosion de Wall Street, coeur de la finance mondiale. Craignant de ne plus trouver d'argent après la faillite de la banque Lehman Brothers en septembre 2008, industriels et exportateurs fermèrent brusquement leur robinet d'activité. Le recul a été particulièrement violent car l'économie était déjà orientée à la baisse. En France par exemple, le retournement de l'activité était perceptible à l'automne 2007 et la production industrielle a culminé en février 2008.

 

La Seconde Grande Frousse, elle, venait seulement d'une crainte : l'explosion de l'Europe - avec la fin de la monnaie unique ou la faillite d'un grand Etat, l'Italie. La mémoire de la Première Grande Frousse a poussé les entrepreneurs et les consommateurs à serrer la vis, provoquant un ralentissement brutal. La Banque centrale européenne a réussi à calmer les inquiétudes en prêtant 1.000 milliards d'euros aux banques, dans un contexte meilleur qu'en 2008 car l'Europe et l'Amérique étaient l'an dernier en croissance molle.

 

Exit donc la Seconde Grande Frousse, et retour au quotidien peu réjouissant d'une économie languissante, encore farcie de dettes trop lourdes à la fois du côté des Etats et des particuliers. Au-delà des engouements passagers, les investisseurs restent d'ailleurs très prudents. Ils s'inquiètent en ce moment de l'Espagne, demain de la Chine, après-demain de la France. Et ils ont raison de s'inquiéter. Car les montagnes de créances constituent un paysage idéal pour l'émergence d'autres Grandes Frousses. Quand un Etat ou une banque est endetté et qu'il n'a pas les moyens de rembourser, il doit réemprunter. Or rien ne garantit la certitude de pouvoir réaliser ce nouvel emprunt. C'est ce doute qui peut dégénérer en panique. Voilà pourquoi les échéanciers de dettes, qui étaient autrefois d'obscurs documents techniques, constituent aujourd'hui pratiquement « L'Officiel des spectacles » de la finance.

 

Une économie très endettée a donc non seulement du mal à croître, mais aussi le risque de s'arrêter brutalement. Elle ressemble à la 2 CV que décrivait Boris Vian : une voiture «  qui freine bien et qui démarre mal ». L'écrivain-trompettiste-inventeur, qui était aussi ingénieur, voyait dans ces caractéristiques de la première Citroën low cost la source des encombrements parisiens : «  Contestera-t-on que voici réunies les conditions de l'embouteillage idéal ? » C'est exactement comme ça que les observateurs d'Asie ou d'Amérique perçoivent aujourd'hui l'Europe : un club de 2 CV qui freinent trop bien et risquent de paralyser l'économie mondiale.

 

Les économistes n'ont pas vraiment étudié cette drôle d'automobile. Ils ont en revanche beaucoup travaillé sur les « sudden stop », le sevrage brutal de l'afflux de capitaux vers les pays émergents (1), qui revient à priver des économies d'argent, exerçant le même effet sur la croissance que les Grandes Frousses. L'expression avait été forgée par un banquier commentant en ces termes judicieux la crise mexicaine du début des années 1980 : «  Ce n'est pas la vitesse qui tue, mais l'arrêt soudain. » Ces « sudden stop » surviennent le plus souvent dans des pays en gros déficit courant, et qui dépendent beaucoup, donc, des capitaux étrangers pour boucler leurs comptes. Le rééquilibrage se traduit dans un premier temps par une chute de l'activité et une forte dévaluation, qui se traduit par une baisse sensible du pouvoir d'achat. Si nous ne parvenons pas à résorber progressivement les excès de dettes accumulés au cours de la dernière décennie, nous sommes condamnés à cette mécanique infernale. Et à attendre la Troisième Grande Frousse.

 

(1) Voir par exemple «  Thirty years of current account imbalances, current account reversals and sudden stops  », par Sebastian Edwards, Working Paper n°10276, NBER, 2004. http://www.nber.org/papers/w10276

 

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